Germain
Fourneron
"L'enclos des loups"
23200 Saint Maixant
| L'enclos
de Germain, des loups de Germain, est un endroit
à part, inclassable, hors du temps et des normes. Situé
près d'Aubusson dans la Creuse, il existe depuis plus d'une vingtaine
d'années et survit malgrè l'adversité declarée
de certains services officiels et d'élus locaux, pour le moins
hostiles à son maintien.
C'est ainsi qu'en février 2000, trois loups s'échappent, aidés en cela, par une main mystérieuse...Souvenons nous que le même type d'incident s'était produit en Lozère, chez Gérard Ménatory. Dans les deux cas, les loups ne demandaient, après l'escapade, qu'à revenir dans leurs pénates.
Pauvres loups, pauvre Germain, les uns et les autres laissés et délaissés à leur sort peu enviable. Le nouveau siècle n'est pas passé par ici. A peine le précédent, lorsque chacun faisait encore un peu, plus ou moins, ce qu'il voulait, que la Maréchaussée passait à cheval ou en bicyclette, fumait du gris et tortillant ses énormes moustaches, regardait ailleurs... Aujourd'hui ce sont des temps de béton et de grilles, de cartes à puces, des temps sécuritaires à défaut d'être sécurisants, des temps d'hygiène aussi, européenne de préférence...Quant à ceux qui s'attardent et musardent dans une école buissonnière révolue, ils n'ont plus grand chose à espérer de notre société. Mais Germain persiste et perdure, on ne sait trop comment car, sans prébendes, engloutissant sa maigre retraite pour la survie de ses compagnons, allant et venant sans répit et parfois sans raison, de son gîte précaire à ses loups dont l'avenir se conjugue avec des points d'interrogation. Seul, trop seul, Germain regarde avec amertume ce portable qu'on lui a offert et qui ne vrombrit pas assez souvent pour lui faire oublier sa solitude. L'homme sourit, rit même, mais ses yeux démentent, il dit qu'il ne sera plus là, l'an prochain, en 2003. Ses loups, ses chiens, ses chevaux, comblent amplement la vie qu'il a choisi de mener. Ancien photographe, il a tout quitté depuis trente ans, tout vendu, même ses chers reflex. De près ou de loin il ne se fie plus guère, depuis belle lurette, à l'humaine engeance. L'eau, l'électricité, il a toujours vécu sans... Enfin, depuis quelques décades. Que lui importe la notion même de confort minimum...Là-bas, dans ses bois, ces considérations sonnent creux au regard de l'extrême précarité quotidienne. Dans son chez-lui, un embryon de caravane délabrée, il fait froid, il fait sombre, il fait humide...Peu importe, Germain parle et reparle de ses loups. Et les loups, il les connaît, lui, qui n'a même pas le sacro-saint certificat de capacité, sésame obligatoire pour s'occuper de ses animaux et qu'on aurait dû lui remettre depuis longtemps. Nul doute à ce sujet, l'ombre de Ménatory et l'exemple de Werner Freund, inspirent Germain. Eux, ont réussi à s'imposer, pas lui, et il est tard, trop tard peut-être car il lorgne ses soixante-dix ans, la maladie grignote son corps et ses moyens sont très faibles pour ne pas dire inexistants. Mais au fond, que veut ou que voulait Germain ? Germain, par-dessus tout, veut la compagnie de ses loups, de jour comme de nuit. Dormir auprès ou non loin d'eux, les nourrir, les observer et tout dire de ce qu'il sait d'eux, de leurs rites ou de leurs amours, au plus grand nombre de gens, afin de les convaincre et de les amener à une compréhension et à une tolérance, dont ils sont loin de faire preuve. Oui, Germain voudrait expliquer, restituer, ce qu'il a compris du peuple loup, transmettre aux grands comme aux petits sa vision d'un monde meilleur ou moins mauvais. Germain voudrait... Mais, le pourra-t-il ? Sa détresse est grande. Il n'est pas heureux car aucune paix ne l'habite et il en veut à beaucoup, sinon à tous. Et cela les loups le savent...
La passion de Germain pour ses loups est totale et nous ne voulons pas entrer ici dans la polémique que suscite sa démarche atypique. Il héberge actuellement une quinzaine de loups. L'association "Loup mon Ami" devenue plus tard, "Loup mon Ami, Mon Frère" a cessé d'apporter son appui à Germain. Elle a été remplacée par "Tchiye Sunkmanitu" (frère loup, en langage Sioux).
"Loup,
mon ami, mon frère" L'homme
et le loup Wolf
de la Creuse |