Le loup guerisseur
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Le loup dans la sorcellerie

Le loup et l'amour

Le loup et l'Eglise

 

C'est bien à son corps défendant qu'il l'est devenu... L'homme n'a guère sollicité son avis sur la question. Tué, découpé, réduit, broyé, pilé, le loup entre dans des quantités de potions magiques et autres recettes médicales peu conventionnelles. Tiens donc ! Le Grand Méchant peut guérir ! Cela non plus ne doit pas être du goût de l'Eglise, et pourtant... Pourtant Dame Hildegarde de Bingen, lui attribue des pouvoirs curatifs. Née en 1098 en Hesse rhénane, elle fonda son premier monastère vers 1136 où elle assura la maîtrise des Bénédictines. Plus connue sous le nom de Sainte Hildegarde, elle mourut en 1179 laissant derrière elle, une œuvre écrite abondante. Haute figure spirituelle du XIIe siècle, la Sainte, réformatrice et mystique comme le dominicain, Maître Eckhart, ou Dürer, le peintre tourmenté, avait quelques relents de soufre...

   Voici ce qu'elle écrit sur le loup dans cette œuvre majeure qui s'intitule "Le livre des subtilités des créatures divines".

Ch. XIX : LE LOUP (De lupo) "Le loup est tout à fait chaud, et il a un peu des caractères des esprits aériens et des mœurs du lion. Et les esprits aériens se plaisent en compagnie de sa nature et l'accompagnent. Le loup attaque toujours l'homme et le mettrait volontiers en pièces, s 'il le pouvait, même quand il n'a pas faim ; mais, grâce à sa nature de lion, il connaît et comprend l'homme et le flaire de loin..."

   "Si on souffre de la goutte, on prendra, en poids égaux, des feuilles de cassis de consoude ; on les pilera dans un mortier et on leur ajoutera de la graisse de loup, en quantité légèrement supérieure ; on en fera un onguent dont on se frictionnera les points douloureux ; puis, le deuxième ou le troisième jour, on se mettra dans un bain chaud et on évacuera la goutte par transpiration..."

  "Et si quelqu'un, à cause de maladies qui s 'en prennent à sa tête, entre fureur et devient frénétique, il faut lui raser le crâne, puis faire cuire un loup dans de l'eau, après avoir enlevé la peau et les viscères ; laver alors la tête du furieux a l'eau de cuisson, en obstruant les yeux, les oreilles et la bouche avec des linges, pour que l'eau n 'y entre pas : car si ce liquide entre dans son corps, sa folie augmente comme si c'était du poison ; répéter cela pendant trois jours et même si la folie est forte il retrouvera ses esprits."

  "Si dans une maison, se trouve une peau, des poils ou des os de loup, les hommes s'y battent facilement et les esprits aériens s'y promènent volontiers à cause de sa nature mauvaise..."

   On remarquera que, pour pratiquer ces soins, il faut un loup plus que mort... La sainte femme n'y va pas de mainmorte, même si entre deux mauvais brouets, elle affirme au passage que le loup "connaît comprend l'homme". Convenir de ces facultés supérieures au simple instinct témoigne d'une certaine hardiesse à une époque où l'on ne pouvait impunément souffler mot de l'âme et de l'esprit des animaux.

Mais on a beau lui concéder une âme, celle-ci n'est pas forcément exemplaire et, si par malheur le loup se fait capturer, il est accommodé à bien d'autres sauces, comme les très anciennes prescriptions qui suivent, en apportent la preuve.

-Si on plonge un loup en vie, dans de l'huile en ébullition, on attendra que la chair se sépare des os et on obtiendra alors un remède souverain pour la goutte.
- Ingurgiter des mamelles de louves, facilite l'enfantement en éliminant les douleurs.
- L'œil droit du loup, bien salé auparavant, doit être ficelé au bras et porté sur soi le plus longtemps possible afin de guérir des mauvaises fièvres.
- Les crottes de loup, font passer les maux de dents. Il faut pour cela, avaler les excréments mélangés à du miel. On prendra grand soin de collecter ces crottes avant qu'elles ne touchent terre (!). Si on en frotte 1es brebis, elles ne seront pas dévorées.

   C' est le loutier, sorcier de bas acabit, malfaisant gibier de potence, qui confectionnait tout spécialement les philtres et décoctions à base de foie de loup. Voici quelques échantillons de son singulier savoir-faire :


- Le foie de loup, après avoir été séché, réduit en fine poudre et mélangé à du vin, calme la toux. Grillé, encore réduit en poudre et mêlé, cette fois-ci, à de l'eau, le foie est bénéfique contre les morsures, piqûres venimeuses et même les tumeurs malignes. Il est tout aussi efficace contre la phtisie et l'hydropisie.
- Le fiel doit être brouillé avec des graines de concombres sauvages. Si on l'applique sur le nombril, il soigne et évince la constipation. Du vin ; coupé de fiel, guérit la toux.
- Pour les thaumaturges rien n'était à négliger, mais leurs explications restaient obscures. Dans la recette qui suit, qui donc devait ingérer la moelle ? L'homme ou la femme ?
- La moelle épinière aidera un mari berné, à faire cesser définitivement les écarts de conduite de son épouse.
- Il faut s'emparer de la moelle de la patte gauche d'un loup, la mélanger à de l'ambre gris et aussi à de la poudre de Chypre. La potion ainsi préparée devra être flairée par la personne sur laquelle on a des intentions amoureuses. Si on prend soin de faire cela souventes fois, celle-ci tombera sous votre dépendance.
- Le cœur, quant à lui, peut guérir de l'épilepsie mais, pour ce faire, il faut l'arracher d'un loup vivant et le brasser avec les cœurs de trois corbeaux. Enfin le cœur rend courageux mais irascible et querelleur.
- Les intestins séchés sont tout à fait capables de faire passer les pires coliques et les vents qui en résultent.

   Les dents de loup qu'affectionnent les aventuriers à l'instar de celles d'ours ou de requins, protègent les enfants des peurs nocturnes et évitent bien des désagréments aux somnambules et aux déments soumis aux influences de la lune. Jusqu'au XVIII siècles, la mode parisienne voulait que l'on fasse porter aux bébés des canines de loup, serties dans des hochets d'argent. On était convaincu qu'elles aidaient beaucoup à la percée des dents.

   Et tant d'autres préparations, mixtures, liniments à base de têtes, de peaux, etc... qui remplissaient les pharmacopées de l'Antiquité jusqu'à la fin du XIX siècles et figurent encore de nos jours dans les grimoires et manuels qu'utilisent charlatans et honnêtes sorciers.

   Paradoxal, que l'on attribue aux diverses parties du corps du loup, banni, détesté, de si merveilleux pouvoirs...

    En Aquitaine, une légende s'était répandue dans les environs de Mauvezin. Elle rappelait qu'un prêtre-loup célébrait une messe une fois l'an devant une assemblée de loups fort pieux.

   Cette cérémonie sulfureuse était l'occasion rêvée pour les sorciers qui voulaient se procurer la queue d'un loup et, en particulier, la queue du loup officiant. Celle-ci était réputée pour ses vertus curatives, à condition de la manger crue, avec ses poils, sa peau et ses os. On croyait fermement que seul cet appendice, employé judicieusement aux portes de la mort, pouvait vaincre la Camarde.

Alors, le loup ? Bon médecin ?

  

Quand on lit ce qui précède, cela ne fait que confirmer ce que nous savions déjà, à savoir, la piètre idée qu'avait les anciens de notre lointain cousin, mais cousin quand même ! En réalité le loup est doté de facultés de perception extra-sensorielles ; prémonition, transmission de pensée bi-directionelle et j'en passe... Si on ajoute à ces falcultés des qualités qui font si souvent défaut à l'homme (courage, loyauté, fidélité etc...) on obtient une créature exceptionnelle qui n'a fait qu'exciter la jalousie et l'envie, excellents prétextes à l'extermination du gèneur.

 

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